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Charbon
Sierra Manas Ave, Bishkek, Kyrgyzstan © Yaroslav Maltsev

Sortir des énergies fossiles

Le changement climatique et, dans une moindre mesure, la vulnérabilité aux chocs pétroliers, sont deux dangers mortels pour le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui. Ces deux maux appellent un même remède : réduire drastiquement, et dans les plus brefs délais, notre dépendance aux énergies fossiles.

Pour limiter le réchauffement à moins 2°C, le GIEC estime que nous avons la possibilité d'émettre encore 700 milliards de tonnes de CO2. Dépasser ce « budget carbone », c'est prendre de gros risques de voir la question climatique dégénérer bien au delà de nos capacités d'adaptation.

Si rien n'est fait, ce budget carbone serait dilapidé en une quinzaine d'années. Rester dans les clous implique d'agir rapidement et avec force : les émissions de CO2 devront avoir diminué d'environ 85% d'ici 2050.1

Pour parvenir à ce résultat nous disposons de deux approches complémentaires :
  • Pour l'essentiel, réduire purement et simplement les émissions. Cela constitue, de très loin, le gros de l'effort à fournir.
  • Pour le reste, compenser les émissions incompressibles en développant les « puits de carbone » : forêts, mangroves, terres cultivables ou autres écosystèmes naturels qui capturent du CO2 pour se développer.
Objectif 2°C

Aller jusqu'à équilibrer niveaux d’émissions et de capture permet d’arriver à la neutralité carbone.

Planter des arbres ne sauvera pas le climat

La capture du carbone a ses limites : nous n'avons qu'une seule planète Terre, et la recouvrir intégralement de forêts n'est pas à l'ordre du jour. Même si c'était le cas, cela resterait toujours largement insuffisant. Notre « budget compensation » est donc lui-même très limité. Il ne permettrait de couvrir, au grand maximum, que 10 à 15% des émissions actuelles.4

Les mécanismes de compensation devront être utilisés à leur plein potentiel pour arriver à la neutralité. Y faire appel abusivement – c'est-à-dire aux dépens d’efforts de réduction – revient à gaspiller le recours à un précieux levier d'action. Rien ne vaut le fait de s'abstenir d'aggraver les dégâts.

Ce constat élémentaire n'est pas forcément accepté par tout le monde. Afin de pousser encore plus loin le bouchon de la compensation, des propositions émergent régulièrement sur différentes approches pour industrialiser la photosynthèse que les végétaux réalisent. L'idée consiste à se lancer dans des cultures intensives, brûler les récoltes et capturer le CO2 relâché dans les fumées. Il ne resterait plus qu'à séquestrer le gaz ainsi capturé quelque part. Probablement sous terre, par exemple en remplissant des cavités laissées vacantes par l’exploitation de gaz naturel.

Le concept de ces solutions dites de géo-ingénierie reste encore très expérimental. Nous avons de très sérieuses raisons de penser qu'elles n'atteindront jamais la maturité nécessaire pour être applicables à une échelle intéressante. Et, même dans le cas contraire, parvenir à quelques résultats significatifs reposerait alors sur l'exploitation de surfaces cultivables totalement délirantes.

Inutile donc d’espérer raisonnablement nous dispenser d’une très sérieuse et très rapide cure de désintoxication aux énergies fossiles. Mais, avant de devoir nous résoudre à l’austérité énergétique, il est légitime de se poser la question des alternatives technologiques.

Supposons que l’on souhaite produire une certaine quantité d’énergie : un kilowattheure (kWh) – soit le fonctionnement d'un ordinateur portable sur une journée de travail –, combien de grammes de CO2 seront émis dans l’atmosphère ? La réponse à cette question est ce qui définit l’intensité carbone de la source d’énergie choisie.

Intensité Carbone Intensité Carbone
GIEC 2
Deux groupes se détachent clairement :
  • Les énergies fossiles, carbonées et donc émettrices de grandes quantités de CO2. D'entrée de jeu, le charbon se fait remarquer par son caractère particulièrement polluant.
  • Les énergies faiblement carbonées qui produisent de l’électricité sans émettre directement de CO2. Les différences observées sont liées aux émissions générées par la construction, la maintenance, le démantèlement et le recyclage des systèmes de production. En prenant en compte tout leur cycle de vie, l’électricité issue de panneaux solaires génère ainsi en moyenne 4 fois plus de CO2 que l’équivalent en nucléaire ou en éolien.

Les énergies solaires, éoliennes et hydroélectriques sont en plus des énergies dites renouvelables, car, à l'échelle humaine, les rayons du soleil, le vent et la pluie alimentant les rivières se renouvellent à l’infini.

La biomasse vient également se rajouter à cette catégorie. Elle recouvre l'ensemble des matières organiques pouvant être brûlées pour produire de l'énergie. Pour l'essentiel, du bois. Pour peu qu'on les laisse tranquilles, les arbres comme les autres végétaux repoussent, il s’agit donc bien d’une énergie – théoriquement – renouvelable. Aussi ancienne que la découverte du feu, la biomasse représente toujours aujourd’hui pas loin de 10% de la production d’énergie au niveau mondial.

Entre optimisation des terres agricoles, gestion fine des forêts, quantification des impacts sur le cycle naturel du carbone et calculs de rendements énergétiques, les bienfaits réels de produits issus de la biomasse, comme les agrocarburants, font toujours l'objet de vifs débats parmi les ingénieurs et les scientifiques.

Ce qu’il faut retenir, c’est que de multiples façons les bioénergies pourront donner un petit coup de pouce, mais que pour autant elles ne sauront se substituer massivement à d’autres solutions de premier plan.

Le nucléaire dépend lui d’un combustible disponible en quantité limitée : l’uranium. Rappelons que comme il s’agit de scinder des atomes, et non de brûler des végétaux fossilisés, le nucléaire ne produit absolument pas de CO2. Il s'agit donc bien d'une source d’énergie certes non renouvelable, mais tout à fait décarbonée.

Ceci étant précisé, regardons un peu l’état des lieux de la consommation énergétique mondiale. Celle-ci se fait sous deux formes :
  • Environ 40% via la production d'électricité.
  • Le reste, soit 60%, directement, par la combustion de pétrole (voitures), de bois (cheminées), de gaz (gazinière), de charbon (poêle), etc.
Ce qui, à l'échelle mondiale et tous usages confondus, donne à peu près la représentation suivante :
Consommation énergétique actuelle Consommation énergétique actuelle
AIE 2019 3

Si le pétrole s’impose logiquement comme la principale source d’énergie, c’est bien le charbon qui, avec pas loin de la moitié des émissions de CO2, remporte haut la main la palme de la pollution générée.

Le charbon, ennemi n°1 du climat

Loin d’être une énergie du XIXème siècle, le charbon constitue toujours aujourd'hui le moteur de la croissance de nombreux pays. Et la solution de repli privilégiée des pays ayant choisi d'abandonner, partiellement ou totalement, le nucléaire. De très nombreuses centrales sont construites chaque année, tout particulièrement en Asie.

Mais pourquoi un tel succès pour une énergie aussi old school ?
  • Il est très abondant, relativement facile à extraire et à transporter.
  • Car il est souvent à portée de main ! La majorité des pays consommateurs de charbon, dont nos voisins allemands, utilisent tout simplement les stocks qu’ils ont dans leur propre sous-sol.
  • Enfin, et surtout, parce que c’est une technologie éprouvée, simple et aisément pilotable pour équilibrer la demande sur le réseau.

En résumé, le charbon reste aujourd'hui un moyen pratique, robuste et relativement peu onéreux de produire de l'électricité. Les réserves disponibles permettent de tenir encore un ou deux siècles au rythme actuel, il ne faut donc pas compter sur autre chose que des actions déterminées pour mettre fin à cette industrie extrêmement polluante.

Faire les choses dans l’ordre impose donc le plan d’action suivant :
  1. Fermer un maximum de centrales à charbon.
  2. Réduire drastiquement notre dépendance au pétrole.
  3. Réduire progressivement notre consommation de gaz naturel.
Pour cela, nous devons toujours procéder avec méthode :
  • Par quoi peut-on remplacer un usage ou une centrale ?
  • Est-ce que cette approche est généralisable ?

Passons en revue les différents candidats.

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