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La substitution ou le sevrage

Durant le milieu du XXème siècle, fumer était un acte anodin, banal. C'était une habitude extrêmement répandue. On fumait au bureau, dans la voiture, dans les avions. On retrouve même des cendriers dans certains ascenseurs parisiens; vestiges d’un temps où ne pas avoir à éteindre sa cigarette entre la porte de son immeuble et celle de son appartement représentait un élément de confort tout à fait légitime.

Puis les scientifiques ont alerté sur les dangers du tabagisme.

La réaction fut alors rapide et engagée. L’industrie du tabac a fait amende honorable en fermant toutes ses usines. En l’espace d’une année les cultures de tabac ont été transformées en champs de légumes bio. Tous les fumeurs reconnurent prendre des risques insupportables pour eux, pour leur famille et pour la société. La consommation de cigarette chuta brutalement. Partout une lutte contre le tabagisme incitative, positive et souriante venait de remporter une immense victoire pour la santé publique.

Bon, trêve de plaisanteries ! Ce récit grotesque ne correspond évidemment à absolument rien de réel.

En réalité, l’industrie du tabac a corrompu des médecins en produisant des rapports contradictoires pour semer le trouble. Elle attaqua devant les tribunaux d’arbitrage des états qui élevaient un peu trop le ton à son égard. Elle n'a pas même daigné abandonner le marché des fumeurs soucieux de leur santé. Il était en effet beaucoup plus lucratif de les tromper en vendant des cigarettes « lights » prétendues moins nocives. Dans la sphère politique, la moindre interdiction de fumer dans un lieu public ou même ne serait-ce que de limiter la publicité a toujours trouvé de farouches opposants. Ceux-ci ne se sont pas privés pour, au nom de la liberté, défendre des intérêts particuliers aux dépens de la collectivité.

Décidémment toujours aussi rabats-joie, les scientifiques ont plus tard alerté sur les dangers liés à l’usage excessif des énergies fossiles. Sur les risques liés à l’épuisement des ressources naturelles. Sur la tragédie que représente l’effondrement de la biodiversité. En fait sur à peu près toutes les conséquences néfastes d’un système socio-économique mondialisé désormais en roue libre. On savait tous qu’il y avait quelques soucis. Mais à ce point-là, cela semblait inimaginable.

Le cinéma nous a en effet habitué au fait que quand l'humanité se trouvait menacée, on pouvait toujours compter sur quelques héros pour nous sauver. En achetant sa place de cinéma, personne ne s’attend à voir le générique de fin arriver sans le moindre début de passage à l'action. Il est en effet impensable de voir les Avengers rassemblés au grand complet tourner autour du pot pendant près de 2h30 en se trouvant comme excuse que Captain America ne veut pas en ramer une. Communiqué après communiqué, sommet après sommet, COP après COP, c’est pourtant ce scénario digne des pires nanards que nos dirigeants rejouent inlassablement depuis maintenant près de 30 ans.

Est-ce un problème si compliqué que ça à résoudre ?

Dans le fond, pas tant que ça. Encore faut-il avoir correctement défini le problème en question. Pour commencer, il faut le dire : notre système économique est une formidable machine à produire du confort, des désirs et de la nouveauté. Il nous cajole aujourd’hui avec des marchandises de toutes sortes et nous promet que demain sera encore meilleur. Une fois que l’on y a gouté, y renoncer demande une force de volonté exceptionnelle. Cela est évidemment très loin d’être à la portée de tout le monde.

Par conséquent, regarder les choses en face suppose d'aborder ce sujet comme un gigantesque problème d’addiction. Une dépendance directe à des modes de vie reposant indirectement sur une utilisation tout à fait déconnante des ressources naturelles. Pour s’en sortir, il est tout à fait logique de commencer par chercher des solutions de substitution. On y travaille et l'effort dans ce sens a même tendance à s'intensifier. Fort bien ! Pour autant, le plus difficile reste d'accepter le fait qu'une fois les possibilités de substitution épuisées, il est légitime d'envisager la suite comme une forme de sevrage collectif.