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Que mesure le PIB ?

Pour peu que l’on s’impose quelques résultats sur la question climatique, quelles que soit ses convictions philosophiques sur le sens du progrès, pour des raisons physiques, la baisse généralisée du PIB doit être considérée comme l'hypothèse la plus réaliste.1 Est-ce forcément un drame en soit ?

Avant de continuer, pour couper court à certaines critiques faciles à son encontre, précisons que le PIB n'a jamais eu la prétention d'être un indicateur de bonheur. Il s'agit d'un indicateur de valeur. Il mesure, à sa manière, la valeur économique, c'est à dire les richesses, qu'elles soient matérielles ou non, crées par un pays ou une zone donnée.

Il existe 3 grandes manières de caractériser la valeur d’un service ou d’un bien matériel :
  • L’utilité, en couvrant un besoin ou en résolvant un problème. Par exemple l’eau permet d’étancher la soif.
  • La valeur d’échange qui mesure ce que l'on peut obtenir en contrepartie d’un échange. Par exemple, un billet de banque ou un ticket de cinéma ne servent à rien, si ce n'est à être échangés.
  • Le travail qui est fourni pour produire la chose ou le service en question.

Estimer la valeur est un exercice aussi subjectif que périlleux. Le PIB choisit, surtout par facilité, de n'accorder de la valeur qu'à ce qui possède une valeur d'échange : il suffit de prendre note de la quantité de monnaie transférée lors d'une vente.

Comme on cherche à caractériser la création de richesses, le PIB fait tout simplement l'addition de toutes les ventes correspondant à quelque chose de nouveau. Exit donc le marché de l'occasion.

Quantifier la nouveauté en question passe par le calcul de la valeur ajoutée. Pour une entreprise, c'est tout simplement – toujours en termes de ventes – ce qui sort moins ce qui rentre.

Valeur ajoutée

Cet ajout de valeur provient essentiellement du travail effectué par les salariés, à l’aide des machines et des infrastructures appartenant à l’entreprise.

Quand plusieurs entreprises interviennent successivement, pour extraire les matières premières, les transformer, concevoir, assembler etc., le prix – hors taxes – payé par le consommateur final est en réalité la somme des valeurs ajoutées provenant de chacune des entreprises impliquées dans ce que l'on appelle la chaîne de valeur. Certains maillons de la chaîne peuvent être situés à l’étranger, auquel cas on parlera de valeur ajoutée importée.

Consommer des ressources naturelles, émettre du CO2 ou polluer l'environnement ne fait l'objet d'aucune transaction marchande, et n'a donc aujourd'hui aucune valeur d'échange. Par conséquent, dans le calcul de la valeur ajoutée, ces nuisances sont considérées comme totalement gratuites.

Chaîne de valeur

Pour arriver au prix de vente final, réellement présenté aux consommateurs, il faut ajouter la TVA qui, comme son nom l’indique, est une taxe sur la valeur ajoutée. La somme, au niveau d’un territoire, de toutes les valeurs ajoutées et de la TVA définit le produit intérieur brut : le PIB.

Ce n’est donc ni plus ni moins qu’une addition de différences entre des prix d’achat et des prix de vente, auquel on rajoute un pourcentage de taxe. Que les richesses sous-jacentes soient indispensables, utiles, inutiles ou même nuisibles ne rentre évidemment pas en considération, seul compte le fait que quelqu'un ait, à un moment donné, accepté de les acheter. À quelques exceptions près : drogues, prostitution etc.

Mais pour un instituteur, pour lequel il n’y a ni prix de vente, ni chiffre d’affaire, comment calculer sa valeur ajoutée ? La convention sur la valeur ajoutée, basée sur des valeurs d'échange, ne fonctionne pas. Effectivement, celle-ci n'est applicable que pour le secteur marchand.

Pour le secteur non marchand, sans prix de vente, la convention en vigueur consiste à se reposer sur les coûts de production. Ainsi, la valeur ajoutée produite par un instituteur est-elle est assimilée à son salaire brut, auquel on rajoutera un petit quelque chose correspondant à l’utilisation de l’école.

Assembler la part du PIB marchand et la part du PIB non marchand permet finalement d'arriver à la vue d’ensemble de ce que recouvre cet indicateur.

PIB
En résumé, le PIB :
  • Ne donne aucune valeur directe aux ressources naturelles.
  • Ne donne aucune valeur directe aux dégradations environnementales.
  • Donne une bonne vision de la valeur marchande de ce qui est produit.
  • Se montre très limité pour valoriser ce qui est produit par les activités non marchandes.

Le PIB excelle donc à mesurer la quantité de cash qu’une économie peut produire. C'est une information importante, notamment quand il s'agit d'équilibrer les comptes de la nation. Pour autant, en faire à tout prix l'alpha et l'omega de toute politique économique témoigne d'une vision quelque peu étroite... Mais ce n’est pas vraiment par manque de recul qu’il continue à s’imposer.

Car produire à peu près tout et n’importe quoi, quelles qu’en soient les conséquences, est une démarche qui n’est pas du tout perçue comme un problème par tout le monde, bien au contraire. Cela porte un nom : le productivisme.

La course au PIB sans discernement est la marque d’un système débordé par sa propre logique où la confusion permanente entre la fin, c’est-à-dire la prospérité, et les moyens, les richesses produites, confine désormais à l’absurde. Au point où, aujourd'hui, plus nous produisons de « richesses », plus, en réalité, nous sapons de manière certaine et irréversible les conditions de notre prospérité future.

Dans un contexte de descente énergétique, la contraction du PIB doit se faire avec le plus grand discernement. Il s’agit de tout sauf de passer d’un excès à l’autre : noter les dérives du secteur marchand ne doit surtout pas faire oublier l’immense valeur que les entreprises produisent. Mais un tri devra s'opérer.

En revanche, il faut se débarrasser de la tyrannie intégrale de la monnaie là où elle n’a pas lieu d’être. Il n’y a pas besoin de contreparties directes, et encore moins d’échanges marchands pour que certaines choses aient de la valeur. On peut citer la santé, le temps libre, le savoir-vivre, les liens sociaux, la connaissance, la biodiversité... Le climat !

Le lâcher-prise à propos du modèle de croissance actuel devra être menée de manière à apporter rapidement des bénéfices à un maximum de gens. Notamment en réduisant le harcèlement exercé en permanence par la société de consommation via la publicité, en gagnant du temps libre pour sa famille et ses amis par la diminution du temps de travail, en protégeant et valorisant tous les biens communs.

En résumé, s'affranchir progressivement du consumérisme en redonnant de la valeur à ce qui n'est pas marchandise. Tout en profitant des formidables gains de productivité accumulés depuis plusieurs décennies pour bénéficer d'un confort matériel plus que suffisant.

Transition écologique

Ce rééquilibrage des richesses marchandes et non marchandes est la condition, non seulement souhaitable, mais absolument nécessaire, de la transition vers une société plus prospère dans un monde en contraction.