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La descente énergétique

Afin d'espérer voir baisser notre consommation énergétique globale, nous devrons faire de la sobriété énergétique la pierre angulaire de nos économies.

De manière presque évidente, les premiers pourcents pourrait être facilement gagnés en s’attaquant à des gaspillages d’énergie totalement inutiles. Sur ce sujet, ce qui ressort en premier est évidemment l’isolation des logements, une mesure nécessaire et relativement indolore. D'autres propositions beaucoup moins consensuelles pourraient logiquement suivre : faire circuler des véhicules plus légers, voire, comme cela a déjà été fait aux pays-bas, baisser les limites de vitesse. 5

L'augmentation de l'efficacité énergétique fait face à deux limitations importantes. La première est physique : même en optimisant la consommation énergétique à tous les niveaux, déplacer une charge sur une distance donnée ou faire fonctionner une machine demandera toujours une quantité minimale d'énergie.

La seconde limite est sociologique. Car l’efficacité énergétique a un effet pervers : celui de rendre l'usage choisi moins cher, plus aisé, plus écologique ou moins culpabilisant, et donc plus attractif ! Au final, le gain d’efficacité finit bien souvent partiellement ou totalement anéanti par une augmentation des usages concernés : c'est l'effet rebond.

Ainsi l’isolation des logements finit-elle en réalité par une hausse de la température intérieure, les moteurs à essence plus sobres par des plus grosses voitures1 et des avions plus économes en kérosène par nourrir une explosion du trafic aérien low-cost.

L'effet rebond L'effet rebond

Travailler sur l'efficacité est indispensable, mais comprenons bien que rajouter quelque chose en plus, même « un peu plus sobre », ne va jamais dans le bon sens.

La mesure d'efficacité ultime restera toujours la dépense énergétique évitée.

Ainsi, le minimum de cohérence impose d’assumer le fait que réduire les usages énergivores signifie avant toute chose la fin de la liberté d’en abuser. Il n’y a pas de voie efficace sans devoir passer tôt ou tard par l’instauration de tout un panel de mesures, plus ou moins contraignantes, ciblant les usages les plus abusifs de manière assez frontale.

Sans compter qu'il faut, bien sûr, éviter qu'un seul secteur en forte croissance n'annule à lui seul tous les efforts effectués par ailleurs. Ainsi, la mode des SUV, sortes de 4x4 urbains plus hauts et plus lourds que les véhicules traditionnels, a complètement balayé l'intégralité des timides tentatives de réduction des émissions de CO2 mises bout à bout partout dans le monde. C'est le deuxième poste d'augmentation des émissions de CO2 sur la dernière décennie. Très loin cependant derrière les centrales à charbon, bien entendu. 2

Quelle est l'ampleur des efforts demandés ? Difficile à dire. Mais nous pouvons au moins essayer de nous faire une idée de la fourchette de valeurs envisageables.

En continuant avec la progression actuelle, nucléaire et énergies renouvelables confondus – et bien entendu, en arrêtant sur-le-champ tous les projets dans les énergies fossiles – rester probablement sous les 2°C de réchauffement climatique imposerait une réduction progressive jusqu'à arriver à -60% en 2050.

Pour les cas les plus optimistes, même avec une transition jusqu'à 15 fois plus rapide, la contraction énergétique attendue ne passera pas sous la barre des 30%.

La descente énergétique La descente énergétique

Pour autant, il s'agit bien d'une moyenne planétaire. Un effort supplémentaire devra être demandé aux pays riches, afin de permettre aux autres de sortir leur population de la pauvreté, ce qui passe notamment par l'accès à l'électricité. Dans le pire des cas, on parle d'un retour équivalent aux niveaux de consommation énergétique par habitant des années 60.3 La technologie en plus. Nous restons donc très loin d’un retour au moyen âge.

Ce qu'il faut retenir, c'est que l'effort demandé, tant dans la transition que la descente énergétique, sera immense.

Ceci étant acquis, nous n'avons pas besoin de prédire le futur pour passer à l'action : l'approche la plus raisonnable reste, de très loin, de se lancer ici et maintenant, en misant sur ce qui a déjà fait ses preuves. Nous sommes en effet engagés dans une course contre la montre avec le réchauffement climatique, nous n’avons pas de temps à perdre et, surtout, nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Dans tous les cas, la descente énergétique et plus particulièrement la réduction des usages énergivores devra être la variable d’ajustement : si un mauvais choix dans notre politique énergétique nous amène à accumuler du retard, nous devrons serrer un peu plus la vis. Si, au contraire, les choses se passent mieux que l’on ne l’avait anticipé, ces efforts supplémentaires ne seront pas vains : chaque dixième de degré compte.

Aujourd’hui, en cas d'arbitrage, ce sont systématiquement les réductions d’émissions de CO2 qui servent de variable d’ajustement, et ce après toutes les autres sortes de considérations possibles. Une vision on ne peut plus court-termiste, car le développement actuel ne constitue pas forcément un investissement d'avenir. En fin de compte, il ne s'agira pas seulement de faire quelques efforts à la marge : le monde que nous devons construire est très différent du nôtre.

Aussi devrions-nous profiter de l'abondance énergétique actuelle pour développer une société sobre en énergie basée sur le nucléaire et les énergies renouvelables. Si nous attendons d'y être contraints, que ce soit par la fin de l'abondance énergétique ou du fait du changement climatique, nous devrons agir dans la précipitation, et avec beaucoup moins de ressources disponibles. Tout ce que nous aurions gagné est donc bien d'avoir considérablement réduit notre marge de manoeuvre pour construire un futur désirable.