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Le nucléaire

Imaginons : un nuage toxique enveloppant des villes densément peuplées en empoisonnant les populations exposées avec des particules fines, des éléments radioactifs tels que le radon mais aussi des métaux lourds comme le plomb, le mercure et même de l'arsenic. Entre 500 000 et un million de morts, des dizaines de milliers de cancers, des cas de malformations, des centaines de milliers de maladies parmi les millions de personnes exposées …

Vous avez tout de suite pensé à une catastrophe nucléaire ? C’est normal.

La perception qu’a le grand public des drames du nucléaire est en fait très éloignée de la réalité. Il existe un équivalent du GIEC pour le nucléaire, l’UNSCEAR,1 qui a patiemment enquêté sur toutes les grandes catastrophes du passé. Ces scientifiques ont étudié toutes les répercussions de manière à produire des résultats aussi factuels et chiffrés que possible. Ce qu'il en ressort, c'est que le traumatisme des évacuations et la peur des radiations sont certainement la cause d’infiniment plus de malheurs parmi la population générale que les effets des radiations elles-mêmes. À l'arrivée, malgré d'immenses souffrances – dont la dimension psychologique ne doit certainement pas être minimisée – le bilan humain du nucléaire civil sur l’ensemble de son histoire reste absolument sans commune mesure avec la tragédie décrite ci-dessus. 2 3

Ce sombre tableau correspond en réalité aux conséquences de la pollution atmosphérique émise … Par les centrales à charbon en activité ! Et ce chaque année. Pneumonies, maladies cardiaques, pneumopathies chroniques, malformations suite à l'exposition chronique au fluor, empoisonnement à l’arsenic, cancers des voies respiratoires, c’est un carnage absolu. 4 5

Les énergies fossiles prennent d’entrée de jeu notre atmosphère pour une poubelle en y envoyant directement leurs déchets, pas besoin d’accident, d’explosion, pas même besoin d’évacuer dans la terreur les populations vivant à proximité car tout cela est absolument normal !

Tout ceci illustre deux points cruciaux :
  • Les accidents nucléaires sont, dans l’imaginaire collectif, excessivement dramatisés. Le fléau le plus mortel de tous les temps – au coude à coude avec le tabac – est la pollution de l'air : un drame tristement banal qui ne fait plus peur à personne.
  • Plus que jamais, notre ennemi à abattre, ce sont les énergies fossiles, et en première ligne toujours, le charbon.

En regardant comment fonctionne une centrale nucléaire, nous pouvons voir que le principe est exactement le même que pour une centrale thermique à flamme; il s'agit en effet dans les deux cas de chauffer de l'eau pour produire de la vapeur. Le réacteur où se produit la réaction en chaîne de fission des atomes d'uranium remplace la chaudière à charbon ou à gaz.8

Fonctionnement d'une centrale nucléaire Fonctionnement d'une centrale nucléaire

Les réacteurs peuvent être démarrés ou arrêtés à la demande. À titre d'exemple, les réacteurs française peuvent ajuster leur production de plus ou moins 80% en une trentaine de minutes. Avantage notable, les centrales nucléaires sont donc pilotables. Ceci étant dit, dans les faits, elles sont préférentiellement utilisées pour injecter en continu une production de base sur le réseau, plutôt que de chercher à s'adapter aux variations fines – « de pointe »  – de la demande.

Le facteur de charge théorique d'une centrale nucléaire est de l'ordre de 75 à 85%.10 Les arrêts pour maintenance sont récurrents afin de garantir à tout instant le niveau de sécurité qui s'impose. Ils ont également pour effet de prolonger la durée de vie. Certaines centrales aux État-Unis ont ainsi reçu des autorisations pour continuer à fonctionner jusqu'à 80 ans.

En sortie, plus d'émissions CO2 mais des déchets radioactifs. Si d'autres secteurs, comme le domaine médical, produisent ce type de déchet, la dangerosité et la très longue durée de vie de ceux issus des centrales nucléaire posent clairement un problème autrement plus délicat à gérer.

Ceci étant dit, la possibilité de confiner les déchets dans des volumes minimes pour pouvoir les stocker sous terre, vécu comme un drame pour le nucléaire, reste à l’inverse un rêve ultime pour les énergies fossiles. C'est l'objet des procédés CSC pour « Capture et Séquestration du Carbone ». Cette idée plutôt bonne sur le papier se heurte en réalité à une mise en oeuvre opérationnel des plus complexes.

Pour commencer, il faut concéder de lourds investissements dans l'unique but de sacrifier de l'ordre de 20 à 30% de la production énergétique pour capturer de la pollution. Et le plus dur reste à faire ! Car il faut bien ensuite enfouir les tonnes et les tonnes de CO2 ainsi récupérées quelque part. Or tous les sites de production ne disposent pas de vastes cavités souterraines à proximité, très loin de là, ce qui ne manque pas de soulever de très lourds problèmes logistiques.

Parfois présentés comme la martingale permettant de gagner sur tous les tableaux, le gaz ou le charbon « CSC » sont encore aujourd'hui très loin du compte.

Finissons par préciser que, même sans tuer personne, une catastrophe nucléaire comme celle de Fukushima demande d'abandonner de larges pans de son territoire, pour des décennies. C'est, pour le pays qui doit s'y résoudre, une tragédie absolue. Tout ce que l'histoire nous enseigne, c'est qu'une catastrophe de cette ampleur repose sur une combinaison de négligences à proprement parler exceptionnelles. Pour quantifier un tel risque, les probabilités ne nous serons d'aucun secours.

De l'autre côté de la balance, que ça soit pour les morts de la pollution, les villes submergées par la montée des eaux ou la cohorte de catastrophes induites par le réchauffement climatiques, l'usage des énergies fossiles entraîne à peu près 100% de chances de faire face à des conséquences cataclysmiques.

Pour peu que l'on prenne le sujet sans dogmatisme, la comparaison ne laisse absolument aucun doute : le nucléaire est infiniment préférable au charbon. Et au gaz naturel – pour lequel la contrainte climatique vaut également.

Nucléaire contre charbon

Question suivante : est-il possible de construire partout des centrales nucléaires là où il y a aujourd’hui une centrale thermique ?

Certainement pas.

Cette technologie de pointe requiert un savoir-faire qui n’est maîtrisé que par une petite élite au niveau mondial. Même la France, qui s’est illustrée par le passé dans cette filière, semble repartir de très loin.

Sans mentionner le fait que, bien évidemment, certains pays sont trop instables politiquement – ou sismiquement – pour que l’on puisse sérieusement envisager bâtir une installation nucléaire sur leur territoire.

🧐Et les réserves d’uranium ?

Le sujet est le même que sur le pétrole9 : l’uranium étant non renouvelable, sa production passera par un pic puis deviendra progressivement de plus en plus laborieuse jusqu’à épuisement complet. Les réserves prouvées permettent aujourd'hui de tenir plus d'un siècle avec la filière actuelle. Beaucoup moins si la demande venait à augmenter dans les années à venir. 7

Ceci étant dit, contrairement au pétrole, une alternative existe : la surgénération. Tout à fait démontrée, cette technologie permet d'utiliser l'uranium d'une manière quasi renouvelable. Les déchets nucléaires actuellement stockés en France suffiraient pour produire toute l’électricité du pays durant plus de mille ans.

En outre, de tels réacteurs à neutrons rapides fonctionnent en régime sous-critique : sans intervention pour l'entretenir, la réaction nucléaire s'arrête d'elle-même. C'est un gain de sûreté considérable car le risque d'emballement du réacteur pouvant conduire à une catastrophe nucléaire majeure est théoriquement nul. Avantage supplémentaire : les déchets radioactifs produits sont considérablement moins nocifs.

Cette filière fait partie des pistes pour la prochaine génération de réacteurs nucléaires – la génération IV – dont le déploiement à grande échelle n'est pas envisagée avant le milieu du XXIème siècle. La Chine prend de l'avance en développant un programme nucléaire ambitieux comprenant une vision de très long terme, qui inclut notamment la construction de réacteurs à neutrons rapides. Inde et Russie suivent également, à bonne distance.

Quant à la France, le projet de recherche sur les réacteurs à neutrons rapides ASTRID a été abandonné en 2019. Le projet n'était pas considéré suffisamment rentable dans un contexte où l'uranium est encore très abondant.