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Gaz

Le gaz naturel, une fausse bonne idée

Gaz et charbon partagent un mode de production d'énergie commun : le thermique à flamme. Il s'agit de brûler un combustible dans une chaudière pour produire de la vapeur d'eau. C'est cette vapeur d'eau qui est ensuite utilisée dans une turbine pour produire de l'électricité. À la manière d'un poêle à charbon ou d'une cuisinière à gaz, l'intensité de ces deux sources peut aisément être ajustée, ce qui en fait des modes de production d'énergie pilotables, une caractérisque précieuse pour suivre la demande sur le réseau.

Fonctionnement d'une centrale thermique à flamme Fonctionnement d'une centrale thermique à flamme
Ce qui les distingue se situe essentiellement à deux niveaux :
  • Le charbon a un petit avantage sur l'approvisionnement : c'est un minerai abondant, solide et donc aisé à manipuler.
  • Le gaz émet quelque 40% de CO2 en moins, ce qui constitue un avantage loin d'être négligeable.
Charbon contre Gaz
GIEC 1

Remplacer le charbon par du gaz suppose de mettre en place une chaîne d'approvisionnement plus longue et plus complexe. Se pose notamment la question d'investir dans le développement d'un réseau de gazoducs. Se lancer dans la mise en place d'une telle infrastructure semble hors de question pour bien des pays aujourd'hui parmi les plus grands consommateurs de charbon.

L'autre obstacle est géopolitique. Car tout projet gazier repose sur quelques pays producteurs avec lesquels il va bien falloir négocier. Se mettre dans une telle situation de dépendance est un repoussoir pour bien des pays qui, en piochant dans le charbon issu de leur propre sous-sol, bénéficient d'une souveraineté énergétique qu'ils souhaitent conserver.

Surtout, derrière son aspect moins nocif, et malgré la mise en avant de son aspect « naturel », le gaz n'en demeure pas moins une source très importante d'émissions de CO2. Cette nocivité déguisée lui vaut d'ailleurs d'être souvent considéré comme « la cigarette light » du climat. En définitive, pas de débat à son propos : nous souhaitons, à terme, pareillement nous en débarrasser.

Investir massivement dans des infrastructures et des centrales à gaz, qu'elles soient dotées ou non de capture de CSC, qui normalement s'amortissent sur 40 ou 50 ans, en ayant bien en tête de les mettre à l'arrêt d'ici maximum une à deux décennies, revient à se tirer une balle dans le pied.

L'arlésienne du stockage géologique

Voilà près de 20 ans que reviennent régulièrement sur le devant de la scène les promesses apportées par les procédés CSC, pour « Capture et Séquestration du Carbone ». Le principe est simple : capturer les émissions issues de la production d'énergie, à hauteur de 70 à 90%, et les acheminer en profondeur dans le sous-sol pour qu'elles y restent stockées à jamais. Cette idée plutôt alléchante sur le papier se heurte en réalité à une mise en oeuvre opérationnelle des plus complexes.

Pour commencer, il faut concéder de lourds investissements dans l'unique but de sacrifier de l'ordre de 20 à 30% de la production énergétique pour capturer de la pollution. 2 Et le plus dur reste à faire ! Si l'on maîtrise aujourd'hui très bien la partie « capture », la composante « stockage » en est encore à ses débuts.

Pourtant, l'idée est loin d'être nouvelle : dans une directive européenne de 2009, la technologie était présentée comme « clé pour répondre aux objectifs climatiques européens » pour 2020, avec un plan prévoyant la construction d'une dizaine de centrales.8 Dix ans plus tard, en dehors de quelques projets pilotes en France et en Allemagne, absolument rien n'a été accompli dans le domaine.

Parfois présentés comme une martingale permettant de gagner sur tous les tableaux, les technologies de capture et séquestration du carbone sont très loin d'avoir fait leurs preuves à une échelle industrielle.

En fait, quelle que soit la technologie envisagée, le problème avec le gaz naturel porte essentiellement sur la temporalité. La transition de l’Angleterre du charbon vers le gaz était particulièrement pertinente dans les années 1980 et 1990. En 2020, c’est désormais la sortie définitive des énergies fossiles qui est à l’ordre du jour.

Investir aujourd’hui massivement dans des des centrales à gaz reste un projet anachronique qui part déjà avec 30 ans de retard. Le gaz naturel comme le recours aux technologies de CSC ne sauraient constituer autre chose que des solutions de dernier recours.

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